Versailles baroque aujourd'hui disparu (39 visuels)

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> VOIR AUSSI CE QU’IL RESTE DU VERSAILLES BAROQUE

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Avant d’incarner le classicisme français, Versailles est un palais baroque, un lieu de fête, d’extravagance et de plaisir, une résidence d’agrément que le roi, qui règne sur la France depuis Paris et Fontainebleau puis Saint-Germain, ne fréquente pendant des années que durant les beaux jours et la saison de la chasse. Dès 1660, Louis XIV se lance dans une politique d’acquisitions qui n’aura de cesse de reculer les limites du domaine.

Un lieu de fêtes

Les rois français ont hérité de la Renaissance italienne le goût des fêtes costumées, données en plein air et ayant pour thèmes des sujets empruntés à la mythologie et aux récits de chevalerie. C’est à Henri IV que l’on doit l’organisation des deux premiers carrousels français. Le premier a lieu en 1605 à l’hôtel de Bourgogne, le second l’année suivante au Louvre. Suite à l’assassinat de son époux, Marie de Médicis en organise un troisième particulièrement spectaculaire, place Royale, pour fêter les noces de son fils et de sa fille avec les enfants du roi d’Espagne.

Considérée comme « le spectacle le plus riche et le plus noble qui se soit vu depuis longtemps en Europe », cette fête agrémentée de décors et de nombreux chars d’inspiration italienne aurait attiré pendant les trois jours de sa durée pas moins de soixante-dix mille personnes. Quand il fallut choisir, cinquante ans plus tard, en 1662, le lieu d’un nouveau carrousel, auquel participerait cette fois Louis XIV, le site de la place royale fut jugé « trop petit et trop resserré » et l’on opta pour le « jardin de Mademoiselle » entre le Louvre et les Tuileries qu’on appelait déjà « la place du Carrousel ».

Après le Carrousel organisé devant les Tuileries,  le jeune roi ordonne une première fête à Versailles en 1664 : « les Plaisirs de l’Isle enchantée ». Comme ses prédécesseurs, Louis XIV fait de la fête un instrument au service de son pouvoir. Il s’en explique très ouvertement dès 1661 dans ses Mémoires pour l’instruction du Dauphin : « Cette société de plaisirs, qui donne aux personnes de la Cour une honnête familiarité avec nous, les touche et les charme plus qu’on ne peut dire. Les peuples, d’un autre côté, se plaisent au spectacle où, au fond, on a toujours pour but de leur plaire… »

C’est à Versailles mais aussi à Saint-Germain que le théâtre et la danse vont progressivement dominer la fête et occulter ces survivances de la chevalerie médiévale que sont les carrousels. Si « Les Plaisirs de l’Isle enchantée » prévoient encore des divertissements équestres ce seront les derniers. Déjà, la fête propose à un nombre restreint d’invités privilégiés des instants très éloignés de l’art de la guerre, à savoir un ballet, un festin, une loterie, une visite de la ménagerie mais aussi, sinon surtout, une pièce de Molière, la Princesse d’Elide. En 1665, sa troupe joue le Favori dans un décor bien plus magnifique que celui de la Princesse d’Elide. En 1668, le Grand Divertissement royal est encore une fois l’occasion de dévoiler une nouvelle comédie de Molière et Lully sur un théâtre provisoire (à l’emplacement du futur bassin de Saturne) au cours d’un programme comprenant également une collation au bosquet de l’Étoile, un festin (à l’emplacement du futur bassin de Flore), un bal (à l’emplacement du futur bassin de Cérès) et un feu d’artifice tiré depuis la pompe de l’étang de Clagny…

Mais c’est en 1674 qu’a lieu la fête la plus mémorable de Versailles. En savoir +

Théâtre de plein air

Les représentations données dans les jardins à l’occasion des fêtes sont-elles à l’origine des théâtres de verdure inventés par Le Notre ? Le fait est qu’avant même la création des bosquets, chaque fête donne lieu à un pièce jouée en plein air. A Versailles comme à Paris ou à Saint-Germain, à Munich ou à Vienne, les machinistes italiens sont les maîtres des décors de théâtre. Vigarani y fait montre de son exceptionnel talent de concepteur de décors, de metteur en scène et de grand maître des illusions. En 1664, le premier opéra-ballet de l’histoire, la Princesse d’Elide de Molière fait surgir des planches un arbre chargé de seize faunes musiciens surgit sur scène tandis que succède au char d’Apollon un monstre marin et deux baleines flottant sur l’eau et montés par trois comédiennes, dont Armande Béjart, la femme de Molière. Le Favori de Mademoiselle Desjardins  est donné dans un décor baroque fastueux : portiques, perspectives, lustres en cristal… En 1668, Georges Dandin, une nouvelle comédie de Molière se déroule dans un décor de jardin avec rocaille et jeux d’eau. Dans le dernier acte, la décoration du théâtre se trouve changée en un instant. Les jets d’eau disparaissent tandis qu’apparaissent « de grandes roches entremêlées d’arbres où l’on voit plusieurs bergers qui chantent et qui jouent de toutes sortes d’instruments ».

Un autre Versailles

Cette résidence modeste et pleine de charme est bien éloignée du domaine que nous connaissons aujourd’hui. Du domaine d’alors, il ne reste pas grand chose sinon peut-être l’essentiel. De fait, dès 1662, Le Nôtre établit les deux axes perpendiculaires qui structureront le développement des jardins durant les décennies suivantes. Dans l’axe du château, la terrasse est prolongé par un parterre en contrebas, futur bassin de Latone, puis par l’Allée royale. La création de deux parterres de part d’autre du château dessine quant à elle un axe transversale. Au nord, le parterre suit l’inclinaison du terrain. Au sud, le parterre est situé sur une terrasse qui recouvre l’orangerie construite par Le Vau qui sera remplacée par celle de Hardouin-Mansart. Des grands plans d’eau commencent à ponctuer les perspectives : le bassin de l’Ovale (Latone), le bassin des Cygnes (Apollon), le Rondeau (bassin du Dragon) sans oublier l’ébauche du Grand Canal. Après C’est le bosquet de la Girandole et le bosquet du Dauphin, l’essentiel des bosquet sont aménagés dans les années 70, les deux derniers datant de 1680. Beaucoup seront remplacés mais ils fixent des formes et des emplacements qui ne bougeront plus par la suite.

Pour le reste, tout est différent.

Vue d’ensemble, 1668

Le château d’abord. La vue du Château réalisée par le peintre Pierre Patel y figure Versailles tel qu’il se présente aux beaux jours de 1668. Plus de sept ans de travaux ont transformé le modeste relai de chasse en demeure somptueuse quoi que de taille encore modeste. Louis Le Vau agrandit les fenêtres du bel étage, ceint édifice d’un balcon de fer forgé vert et dorée, enrichit les toitures d’ornements là encore dorés. Le château semble alors avoir trouvé son point d’équilibre.

André Le Nôtre conçoit avec Perrault :

  • le bosquet du Labyrinthe en 1668 et terminé en 1680 – côté Midi
  • le bosquet du Marais en 1670 – côté Nord (auj. Bosquet des Bains d’Apollon)

Seul, il dessine :

  • le bosquet du Théâtre d’Eau (anc. Rond vert, Nouveau bosquet du Théâtre d’eau) en 1671, détruit en 1775
  • le bosquet de l’Etoile en 1666 transformé en bosquet de la Montagne d’Eau en 1671 simplifié dès le début du XVIIIe siècle
  • le bosquet de la Salle du Conseil (dite aussi Salle des Festins) en 1671, entièrement repris par Jules Hardouin-Mansart en 1705-1706
  • le bosquet du Pavillon d’Eau en 1672, remplacé par le bosquet de l’Arc de triomphe à partir de 1677
  • le bosquet des Bains d’Apollon en 1675 (avant de devenir b. de la Renommée, puis bosquet des Dômes) en 1677-78
  • le bosquet de l’Encelade en 1675
  • le bosquet des Trois fontaines en 1677
  • le bosquet des Sources en 1679
  • la Galerie des Antiques en 1680
  • le bosquet de la Salle de Danse en 1680

Concernant le château, Louis Le Vau ait érigé une enveloppe de pierre autour du château de Louis XIII laissant ouverte une terrasse au 1er étage.

Des bassins et des sculptures témoignent de cette période baroque :

  • le bassin d’Encelade
  • le bassin de Latone
  • le bassin d’Apollon
  • la sculpture du Millon de Crotone

Les jardins d’André Le Nôtre ont un caractère fantasque qu’ils perdront par la suite

Des aménagements dédiées au divertissement

Très vite, les jardins s’enrichissent de deux constructions éphémères dont la réputation fut considérable : la ménagerie et la grotte de Thétis.

Grotte de Thétys

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Sur une idée de Perrault, Le Vau conçoit la grotte de Thétys sous le réservoir d’eau. Les parois sont tapissées de coquillage, de pierre calcaire et de miroir. Un groupe de sculptures représente Apollon servi par les nymphes et les chevaux du Soleil.

Conçue comme une loggia ouverte sur le parterre du Nord, la grotte est fermée par trois grilles. La façade est ornée de sept reliefs. Ce lieu est célébré par Quinault et Lully , La Fontaine et Madame de Scudéry. Félibien y voit « un lieu où l’art travaille seul et que la nature semble avoir abandonné ».

Il est détruit en 1684 pour laisser place à l’aile du Nord.

En savoir + sur la grotte de Thétys

Ménagerie royale

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La ménagerie de Versailles est un but de promenade, une étape obligée des grandes fêtes et réceptions de Louis XIV. C’est là, où toute l’Europe des Lumières vient voir des animaux rares du monde entier que le roi fait acheter par la Compagnie française des Indes orientales.

Contrairement à la ménagerie du château de Vincennes, que Louis XIV crée en 1661, pour le spectacle de combats d’animaux sauvages, la ménagerie de Versailles était un lieu de plaisir et de découverte pour la cour, les visiteurs, les artistes et les scientifiques. 

Louis XIV fait agrandir et restaurer la ménagerie en 1698 par Jules Hardouin-Mansart, pour l’offrir à l’épouse énergique du dauphin qui illuminait la cour. La ménagerie devient alors une résidence d’agrément pour un après-midi. Elle possède un jardin d’agréments, une salle « fraiche » avec jeux d’eau et décors de rocaille et même une chapelle. Des bâtiments de ferme avec communs, étables, basse-cour, pigeonnier, laiterie et jardin potager lui sont ajoutés.

Sous Louis XV, la ménagerie tombe dans l’oubli et l’indifférence. L‘architecte Gabriel constate sa dégradation dès 1751. 

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A ces deux constructions, il faut ajouter le bosquet du Labyrinthe, également disparu.

Pour les sculptures des bassins, le plomb remplace massivement le marbre (seule exception notable, Latone).

Polychromie et dorure 

La plomb polychrome est utilisée pour :

  • les quelques 330 sculptures du Labyrinthe, aujourd’hui pratiquement tous disparus
  • les huit groupes du Théâtre d’Eau, disparus aussi
  • les Chevaux marins destinés à prolonger sur le grand canal le groupe d’Apollon sur son char, également
  • les corbeilles de fruits et de fleurs surmontant les fontaines dorées de l’allée d’Eau qui perdent leur polychromie à l’initiative de Hardouin-Mansart
  • les sculptures des bassins des quatre saisons, heureusement conservés et aujourd’hui restaurés, même si elles ont été en considérablement simplifiées par Hardouin-Mansart qui a supprimé tous les éléments secondaires

Le plomb doré est utilisé pour :

  • les batraciens du bassin de Latone
  • les fontaines dorées de l’allée d’Eau
  • le serpent Python du bassin du Dragon, mal restauré à la fin du XIXe siècle
  • la France triomphante du bosquet

Style rocaille

Autre mode de l’époque, le style rocaille. Une rocaille désigne originairement les petits cailloux, coquillages, mousses et coraux, qui servent à orner une grotte, à faire des rochers, c’est-à-dire des constructions, imitant une grotte ou un rocher, à vocation décorative que l’on fait dans les jardins, pour leur donner une apparence plus pittoresque.

Le Versailles baroque disparait en grande partie entre 1677 et 1687, avant même l’installation définitive de la cour en 1682 et au moment-même où les jardins d’André Le Nôtre sont pratiquement achevés. 

L’étoile de Le Nôtre pâlît à la fin des années 70. En 1677, Jules Hardouin-Mansart, architecte du roi à partir de 1675, prend l’ascendant. Cette année-là, l’architecte érige deux pavillons dans le bosquet de la Renommée et remplace le bosquet du Pavillon d’Eau par le bosquet de l’Arc de Triomphe. Il remplace le bosquet des Sources de Le Nôtre par le bosquet de la Colonnade en 1685, le bosquet de l’Ile royale par le bassin du Miroir en 1702, la Galerie des Antiques par la Salle des Marronniers et la Salle des festins par le bosquet de l’Obélisque en 1704,  le bosquet du Marais par le bosquet des Bains d’Apollon en 1705.

Les bosquets trop fragiles d’André Le Nôtre ne sont pas les seuls concernés par le changement. La terrasse de Le Vau est changée par Hardouin-Mansart en galerie à partir de 1678. A partir de cette année-là, la construction de l’aile du midi et l’aile du nord est entreprise. Le style rocaille de la cascade du bosquet de la Salle de bal et de la grotte de Thetys devient démodé. La grotte est détruite en 1684 sans regret pour laisser place à l’aile nord sans que sa reconstruction soit un seul instant envisagée. La grandiloquence et l’extrême complexité du Parterre d’eau rêvé par Lebrun ne survit pas à la disgrâce de son concepteur et à un goût qui se veut plus austère : une composition plus simple s’impose en 1685. La décoration des bassins des quatre saisons est simplifiée entre 1681 et 1686 : les motifs secondaires autour du centre de même que les ornements des margelles sont supprimés. Des Amours et le jeune satyre du bassin de Bachus sont réemployés pour les bassins de Trianon. La faïence bleue et blanche du premier château de Trianon ne résiste pas aux rigueurs hivernales. Le grand Trianon qui lui succède en 1687 est construit en pierre apparente bien solide. Les volières dorées de la cour de marbre de même que les trois fontaines sont supprimées.

L’aboutissement du parterre d’Eau de Le Brun de même que la conservation du Trianon de porcelaine, de la grotte de Thétis, du Labyrinthe – progressivement laissé à l’abandon –  aurait pourtant radicalement changé le style de Versailles faisant écho aux très baroques bassin d’apollon et bassin de Latone.

Terrasse du château de Le Vau

Vue du château de Versailles, du côté des jardins, avant 1678

Premier parterre d’eau

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Aménagé à l’emplacement d’un ancien parterre de broderie, le premier parterre d’eau conçu par Le Brun ne ressemble en rien à celui qu’on peut voir aujourd’hui. Ce parterre qui ne sera jamais terminé est composé d’un immense bassin circulaire entouré de quatre bassins secondaires dont deux communiquant avec le bassin central et de deux petits bassins. Seize au moins des vingt quatre statues de la Grande commande sont disposés autour des bassins dont les Quatre Enlèvements aux angles. Au centre de la perspective, un globe de marbre devait être installé entre deux sphinx surmontés par des amours. Le Brun envisageait aussi de placer une montagne surmontée par Apollon au centre du bassin central. Commencé en 1672, le chantier est interrompu par Louvois en 1683. Deux grands bassins sont aménagés en lieu et place d’une composition sans doute démodée pour son exubérance et sa complexité tandis que les allégories des fleuves français et de leurs affluents remplacent les statues mythologiques qui sont éparpillées dans le parc.

En savoir + sur leparterre d’eau

Bosquet du Labyrinthe

Aménagé par André Le Nôtre sur une idée de Charles Perrault, le bosquet du Labyrinthe est constitué de petites salles de verdure. Dans chacune d’elle, des fontaines ornées de rocailles et de coquillages polychromes, dotées de sculptures animalières en plomb « peinte au naturel ». Cette merveille est un des bosquets les plus fragiles. L’eau abime les décors et les sculptures qu’il faut restaurer périodiquement.

Son entretien s’avérant coûteux, Louis XVI ordonne sa destruction. Il est remplacé par l’actuel bosquet de la Reine, d’inspiration anglaise.

En savoir + sur le bosquet du Labyrinthe

Trianon de porcelaine

1024px-17th_century_view_of_the_Garden_view_of_the_Trianon_de_PorcelaineBâtiment d’un seul étage couvert d’une toiture haute et brisée à la chinoise, le Trianon de porcelaine est conçu pour passer « quelques heures du jour pendant le chaud de l’été ». La décoration de faïences bleues et blanches qui couvre entièrement les murs extérieur lui donne son nom. Le sol est pavé de faïence. La totalité des décors, des stucs, des boiseries et du mobilier est peinte en bleu et blanc à la manière de la faïence. Un cabinet des parfums situé dans le jardin ainsi que deux cascades situées à l’emplacement du Buffet d’eau sont également décorées de faïences en bleu et blanc. Construit pour abriter les amours du Roi et de la marquise de Montespan, le château s’impose comme  un lieu de repos et de fêtes. Mais les faïences résistant mal aux hivers rigoureux du XVIIe siècle et le château étant finalement jugé trop exigü, il est détruit en 1687 et remplacé par le Grand Trianon.

La Renommée du Roi

andrelenotre-comCommandé en 1677 à Domenico Guidi par la Surintendance des Bâtiments du Roi, le groupe est placé sur le parterre de l’Orangerie avant d’être déplacé à l’entrée du bosquet de la Colonnade puis en face du bassin de Neptune.

> En savoir + sur le Trianon de porcelaine

A lire :

De Paris à Versailles : les grandes fêtes et les cérémonies de la ville et de la cour aux xviie et xviiie sièclesJérôme de La Gorce

Les fêtes théâtrales de Louis XIV et le baroque de la Finta Pazza à Psyché (1645-1671), Jacques Vanuxem

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> LES 4 AGES DE VERSAILLES

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