Louis XIV et Versailles : passion royale

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Voltaire dira de lui, « Louis XIV avait du goût pour l’architecture, pour les jardins, pour la sculpture; et ce goût était en tout grand et noble ». Et c’est un fait que dans ces domaines, Louis XIV laisse une marque très personnelle. Plus que le fruit du talent de Le Vau, de Hardouin-Mansart ou de Le Nôtre, aucun doute n’est permis : Versailles est avant tout son oeuvre.

Le goût royal de l’architecture

Privé d’une solide instruction par l’interminable guerre contre les Habsbourg et la guerre civile de la Fronde, le roi témoigne d’une passion pour l’architecture qui rappelle celle de François Ier avec Blois et surtout Chambord mais aussi celle de son grand-père, Henri IV. Colbert l’y encourage vivement : « votre majesté sait qu’à défaut des actions éclatantes de la guerre, rien ne marque davantage la grandeur et l’esprit des Princes que les bâtiments; et toute la postérité les mesure à l’aune de ces superbes maisons qu’ils ont élevé pendant leur vie. » Seulement voilà, au grand désespoir de Colbert qui ne rêve que d’embellir Paris et donner au Louvre une colonnade digne d’un palais multiséculaire, Louis jette son dévolu sur le modeste logis de chasse qu’est alors Versailles. Alors que les travaux commencent en 1661 et demeurent limités, le ministre s’inquiète déjà : « cette maison regarde bien davantage le plaisir et le divertissement de votre majesté que sa gloire. »

Le roi ne se contente pas de surveiller les chantiers, de presser leur achèvement, d’être attentif au moindre détail. Il manifeste ses préférences et les impose parfois contre l’avis général. Ainsi en va-t-il de l’enveloppe qui entoure la maison de son père et dans laquelle Colbert ne voit qu’une « rapetasserie » coûteuse et sans prestige. On lui connaît aussi le goût des galeries droites « où sa majesté (est) découverte de loin ». Aux combles, il préfère les toits plats à l’italienne qu’il choisira pour Versailles, Marly et Trianon. C’est d’ailleurs à Trianon que son goût personnel se révèle sans doute le plus. Le château tel que l’a conçu Hardouin-Mansart ne lui plait pas. Profitant de son absence – comme il a profité de celle de Le Nôtre pour demander le bosquet de la Colonnade à Hardouin – il fait démolir la partie centrale du bâtiment pour édifier une autre colonnade entre les deux pavillons collatéraux.

La passion des jardins

Comme pour l’architecture, Louis XIV hérite du goût des jardins de son grand-père Henri IV. Né à Saint-Germain, un château auquel il accorde une affection toute particulière, il conserve le souvenir de ses immenses jardins en terrasses qui descendent sur six niveaux jusqu’à la Seine.

Entre 1689 et 1705, Louis XIV rédige six versions de la Manière de Montrer les jardins de Versailles. Plus qu’un véritable guide, c’est un itinéraire de promenade dans les jardins du château de Versailles.

Ce « manuel » était-il destiné à des réceptions officielles ? Pour les fontainiers afin qu’ils sachent quelles fontaines mettre en eaux ? Pour lui-même lorsque, perclus de goutte-maladie qui provoque d’intenses douleurs des articulations, il se faisait tirer dans une « roulette » ?

L’itinéraire varie peu d’une version à l’autre et couvre environ 4 à 8 km, selon la destination. Si le promeneur se rend à la Ménagerie où à Trianon, le trajet s’allonge. Aujourd’hui, bien que les jardins aient subi quelques transformations depuis leur création, il est toujours possible de marcher dans les pas du Roi-Soleil…