André Félibien et les jardins de Versailles

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Le bosquet du Marais

« c’est un petit bois où il y a un grand carré d’eau plus long que large, au milieu duquel est un gros arbre si ingénieusement fait qu’il paraît naturel. De l’extrémité de toutes ses branches, sort une infinité de jets d’eau qui couvrent le Marais. Outre ces jets d’eau, il y en a encore un grand nombre d’autres qui jaillisent des roseaux qui bordent les côtés de ce carré. Aux deux bouts et dans l’épaisseur des palissades sont deux enfoncements de verdure en manière de cabinets, où l’on monte par deux marches de gazon. Dans chacun de ces enfoncements, il y a une grande table de marbre blanc, et sur chaque table une corbeille de bronze doré remplie de fleurs au naturel, de laquelle sort un gros jet deau qui retombe dedans et s’y perd sans mouiller la table. Au milieu des côtés de ce carré, il y a aussi d’autres enfoncements semblables à ceux des deux bouts, où, sur des marches de gazon, sont élevées de longues tables de marbre blanc et rouge avec des gradins pour servir de buffets. De ces gradins, il sort de l’eau par des ajustages qui forment des aiguières, des verres, des carafes et d’autres sortes de vases, qui semblent être de cristal de roche garnis de vermeil doré. »

La grotte de Thétys

« Il y a deux sortes de Grottes : les unes sont des ouvrages de la Nature, et les autres des ouvrages de l’Art ; et comme l’Art ne fait jamais rien de plus beau que quand il imite bien la Nature : aussi la Nature ne produit rien de si rare, que lorsqu’il semble que l’Art y a mis les mains. […]

On peut dire de Versailles que c’est un lieu où l’Art travaille seul, et que la Nature semble avoir abandonné pour donner occasion au Roi d’y faire paraître par une espèce de création, si j’ose ainsi dire, plusieurs magnifiques ouvrages, et une infinité de choses extraordinaires ; mais qu’il n’y a point d’endroit dans toute cette Royale Maison, où l’Art ait réussi plus heureusement que dans la grotte de Thétis.

Ce lieu, dont la forme est carrée, est bâti proche du Palais, du côté de la Tour- d’eau. C’est un massif de pierre taillée rustiquement, et ouvert par trois grandes arcades fermées de portes de fer d’un ouvrage encore plus ingénieux que si riche. Il y a au haut de la porte du milieu un Soleil d’or, dont les rayons se répandant de toutes parts, forment les barreaux de fer qui sont les trois portes de ce lieu ; et comme elles sont toutes tournées vers le
Couchant, on voit fuir le soir, quand le Soleil vient à les éclairer, que cet or reçoit un nouveau lustre, et que ces feints rayons paraissent de véritables traits de lumière.
[…]

Car pour juger mieux de sa beauté, et avec quel esprit toutes choses y sont conduites, il faut savoir qu’on a prétendu figurer le Palais de Thétis, où le Soleil se retire après avoir fini sa course, et communiqué sa lumière à toute la terre. »

André_Félibien

FÉLIBIEN, André, Recueil de descriptions de peintures et d’autres ouvrages faits pour le roi, Paris, 1689, p. 337-442.

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~ par artotec sur mars 27, 2014.