Versailles vu par Marcel Proust (1871-1922)

Comment Proust n’aurait-il pas aimé Versailles ? A eux seuls le château et le parc proposent à nos regards tout un monde de connaissances et nous offrent un héritage culturel incomparable.

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« Versailles, grand nom rouillé et doux, royal cimetière de feuillages, de vastes eaux et de marbres, lieu véritablement aristocratique et démoralisant, où ne nous trouble même pas le remords que la vie de tant d’ouvriers n’y ait servi qu’à affiner et qu’à élargir moins les joies d’un autre temps que les mélancolies du nôtre.

Je ne voudrais pas vous prononcer après tant d’autres, et pourtant que de fois, à la coupe rougie de vos bassins de marbre rose, j’ai été boire jusqu’à la lie et jusqu’à délirer l’enivrante et amère douceur de ces jours d’automne. La terre mêlée de feuilles fanées et de feuilles pourries semblait au loin une jaune et violette mosaïque ternie.

En passant près du Hameau, en relevant le col de mon paletot contre le vent, j’entendis roucouler des colombes. Partout l’odeur du buis, comme au dimanche des Rameaux, enivrait. Comment ai-je pu cueillir encore un mince bouquet de printemps, dans ces jardins saccagés par l’automne ? Sur l’eau, le vent froissait les pétales d’une rose grelottante. Dans ce grand effeuillement de Trianon, seule la voûte légère d’un petit point de géranium blanc soulevait au-dessus de l’eau glacée ses fleurs à peine inclinées par le vent. […]Ô vieillesse argentée des bois encore verts, ô branches éplorées, étangs et pièces d’eau qu’un geste pieux à posés ça et là, comme des urnes offertes à la mélancolie des arbres ! »

L’analyse de Armelle Barguillet Hauteloire

Proust a beaucoup lu sur Versailles, soit d’anciens écrivains, à commencer par Saint-Simon et Madame de Sévigné, soit des contemporains comme Henri de Régnier. De Saint-Simon, Proust s’est tout particulièrement rappelé l’extrême ritualisation imposée par le protocole, qu’il évoque lui-même au sujet de l’existence de sa tante Léonie et de la servante Françoise,  dont « la mécanique domestique » n’était pas sans évoquer celle du Grand roi. Luc Fraisse, qui a dirigé la publication de l’ouvrage sur « Proust et Versailles », et à laquelle a participé un certain nombre d’écrivains, grands spécialistes de Proust, dont le professeur Jean-Yves Tadié, précise dans son introduction que Marcel Proust fut toujours particulièrement sensible à la littérature du XVIIe siècle et si totalement apolitique qu’il sût apprécier la grandeur et les beautés de l’Ancienne France. Il est vrai aussi qu’une partie de sa famille et de ses amis y résidaient : les Weil, les Nathan ; Reynaldo Hahn et sa sœur Maria qui y demeura à partir de 1910, Robert de Montesquiou qui y donna des fêtes et s’inspira de Versailles dans ses poèmes « Les perles rouges », Henri de Régnier, les Daudet, les Madrazo, Jacques de Lacretelle en étaient également les familiers. Une folie pour Versailles régnait à l’époque chez les gens du Boulevard Saint-Germain qui avaient ainsi transporté la vie fastueuse de Versailles à Paris.

Après la mort de sa mère en 1905 et avant d’emménager Bd Haussmann dans l’appartement de son oncle Weil, Marcel s’installe à l’hôtel des Réservoirs, ancienne demeure de madame de Pompadour, qui est un palace réputé et ouvre directement sur le parc, dans l’attente de son emménagement. « C’est un appartement genre historique, de ces endroits où le guide vous dit que c’est là que Charles IX est mort, où on jette un regard furtif en se dépêchant d’en sortir. » – écrira-t-il. Il  y séjournera néanmoins plusieurs mois, de juin à fin décembre 1906 (…) Le monde décapité par la Révolution incite à la nostalgie et la dernière décennie du XIXe et la première du XXe siècle sont friandes de ce mélange entre culture et impressions vécues. C’est un vague à l’âme évident, une sorte de grand effeuillage des choses, nous dit Proust. Versailles évoque en continu un monde disparu et englouti depuis la mort de Louis XVI. Paul-César Helleu a peint une toile de l’automne à Versailles toute empreinte de la mélancolie d’une saison qui jette ses derniers feux. Versailles est la matrice des épisodes relatifs à la mémoire. Séjour dans l’obscurité de la chambre où Proust rédige ses carnets et note ses impressions. Les pavés du palais des Guermantes lui ont peut-être été inspirés par ceux de l’hôtel des Réservoirs ou mieux encore par la cour d’honneur  du château lui-même (…)

Mais davantage encore que le château, le parc exerce sur l’écriture une fascination évidente. Les allusions y sont nombreuses dans sa correspondance comme dans son oeuvre et révèlent à quel point les promenades en ces lieux, comme hors du temps, favorisent les aspirations de l’écrivain et nourrissent son imagination et sa sensibilité.

Proust et Versailles

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CHRONOLOGIE DES JARDINS DE VERSAILLES

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~ par artotec sur octobre 30, 2019.